Gestes écologiques au quotidien: Le moindre mal |
| Par Xavier K. Richard, avec la collaboration d’Adeline Corrèze (2008/01/31) |
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Il est difficile de discerner, parmi ce qu’on nous présente comme des produits révolutionnairement écologiques, le vrai du faux. Nous vous parlions voici quelques mois des conséquences fâcheuses de l’utilisation de l’éthanol comme source d’énergie à grande échelle, conséquences si fâcheuses qu’elles remettaient en question les vertus écologiques de cette source d’énergie. Aujourd’hui, à partir d’un article de Xavier K. Richard publié initialement dans le webzine P45 ( www.p45.ca), nous vous présentons certains de ces produits soi-disant excellents pour l’environnement, mais qui, lorsque nous en étudions les tenants et les aboutissants, sont plus souvent qu’à leur tour moins verts qu’il n’y paraît. De quoi vous encourager à conserver votre sens critique en tout temps lorsqu’il est question de «consommer écolo».
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Les ampoules fluocompactes
Depuis un certain temps, l’ampoule fluocompacte a été promue l’objet vert de l’année. Le gouvernement fédéral, les grandes surfaces et Hydro-Québec se sont faits optimistes et stipulent que ce type d’ampoule gaspille moins d’énergie en ayant une durée de vie plus longue.
L’utilisation de l’ampoule fluocompacte comporte pourtant certains risques. Pour Fabien Deglise, journaliste au quotidien Le Devoir, il s’agit d’un «délicieux petit paradoxe.» En entrevue, le journaliste paraît perplexe.
«Il n’y a pas pour le moment chez nous de programme de recyclage de ces produits qui contiennent du mercure. Ce mercure est certes présent à des niveaux très bas, mais si tous les ménages adoptent ces ampoules et les envoient à la poubelle après leur vie utile, on risque de se retrouver collectivement devant un risque de contamination assez important.» Le temps que les initiatives de recyclage se généralisent dans les quincailleries, on se dit qu’il y aura certainement des ratés.
Moins d’énergie, mais aussi quatre fois moins d’énergie en chaleur. Il se pourrait que ce dernier facteur – la perte de la quantité de chaleur émise par les ampoules traditionnelles – fasse que les chaumières québécoises en hiver doivent en conséquence se chauffer davantage, et donc augmenter la pollution sans aucun bénéfice en bout de route. Pour l’instant, aucune étude ne précise ces impacts environnementaux.
Le mois dernier, Hydro-Québec avait commandé une étude sur l’impact environnemental de ce type d’ampoules. «On se préoccupe des impacts environnementaux que peuvent avoir les produits dont on fait la promotion», disait à cette époque à La Presse Hélène Laurin, porte-parole d’Hydro-Québec. Pas de nouvelles depuis.
Enfin, l’objet lui-même n’est pas tout à fait à l’abri des défauts de conception. Comme le disait la Presse canadienne le 30 octobre dernier, «ce ne sont pas tous les fabricants qui incluent dans chaque ampoule un détecteur de fin de vie qui l’éteint avant qu’elle ne brûle ou fonde.»
L’Association canadienne de normalisation doit se pencher là-dessus d’ici un an.
Les piles domestiques
Il n’y a pas tellement à dire, sinon que le Québec est un gros consommateur de piles domestiques et que son système de récupération n’est pas tellement efficace.
Chaque année, le Québec consomme 48 millions de piles, selon l’Association canadienne des piles domestiques. Selon des statistiques de 2004, on récupère 147 tonnes sur les 1 565 tonnes totales, soit 9,5%.
Le recyclage des piles domestiques reste tributaire de la bonne volonté du consommateur.
Les sacs de plastique
Pierre Foglia affirmait dans sa chronique du 6 décembre 2007 qu’une étude du Centre de recherche industrielle faisait savoir que «[…] finalement, le sac en plastique est plus écologique que le sac en papier et même que le sac biodégradable.» Disons que ce n’est pas tout à fait le cas, mais presque.
Cette étude, elle, réitère le rôle des sacs de plastique en tant que «moindre mal». En résumé, le sac de plastique conventionnel, réemployé au moins une fois et selon un scénario d’élimination par incinération, est l’option la plus avantageuse sur le plan environnemental après le sac réutilisable.
La production d’un sac de plastique conventionnel requiert moins d’énergie que le sac de papier; le sac de plastique conventionnel a un meilleur bilan environnemental que le sac de papier et certains sacs biodégradables; l’utilisation du sac dégradable en remplacement du sac conventionnel comporte peu de réels avantages, sauf lorsque celui-ci est dispersé dans le milieu naturel. Bref, le sac en plastique, encore et toujours, entre autres parce que «les infrastructures de recyclage du sac en plastique sont bien implantées au Québec», soutient en entrevue l’auteure de l’étude, Sophie Taillefer.
Selon Mme Taillefer, il vaut mieux préconiser «la réduction à la source et le réemploi avant le recyclage et la valorisation». À propos du scénario de certains politiciens qui consisterait à obliger les commerces à substituer les sacs de plastique conventionnels par des sacs de plastique biodégradables, elle affirme qu’«aucune étude n’a été réalisée au préalable afin d’évaluer les impacts environnementaux, sociaux et économiques d’un tel projet.»
Le sac en plastique, non pas «plus écologique», mais moins pire. C’est peut-être aussi la véritable nature de notre conscience écologique: non pas «plus vertueuse», mais moins pire.
Sphères remercie Xavier K. Richard et P45 pour cette collaboration.
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